valises

Voilà, le voyage est fini. Et je suis un peu nostalgique ce soir.

Les voyageurs sont descendus, puis, après nous avoir enveloppé de leurs applaudissements, se sont éparpillés sur le quai, emportant avec eux leur émotion, leur plaisir, leurs coups de coeur, leur jugement sur le spectacle que nous leur avons offert.
J'aurais voulu les retenir tous, pour échanger des banalités sur le spectacle et au détour d'une phrase ordinaire surprendre ce qui les avait réellement touché. Ce qui avait fait mouche dans leur coeur.

 

Je me suis concentrée comme jamais. J'ai dansé en coulisses pendant le début du spectacle pour faire naitre en moi cette légèreté qui habite mon personnage.  J'ai caressé mon texte pour l'apprivoiser une dernière fois puis j'ai serré fort la main de ma partenaire et nous nous sommes séparées pour faire notre entrée, elle côté jardin, moi côté cour.

Macha finit son monologue, prépare ma valise de paillettes, sort mon boa rose fushia et s'éclipse. Noir. La voix de Zizi Jeanmaire envahit le théâtre, Mon truc en plumes électrise la salle. Je rentre en scène, pieds nus. Vierge de moi même. Habitée par Valia, une brave choriste de moeurs légères qui "n'a pas le droit de refuser si des clients viennent lui rendre visite." Voilà je suis maintenant Valia, qui dans quelques instants va être dépouillée par Nina, venue chercher son mari et qui à défaut de le trouver, va m'apitoyer et me voler tous mes bijoux, jusqu'aux derniers souvenirs de mon père.

Seulement voilà. Moi dans la vraie vie, si on me cherche, on me trouve et ma défense est bien trop souvent  l'attaque. Alors comment faire vivre Valia dans toute sa simplicité, naiveté, légèreté ? Quatre mois de travail pour basculer dans l'opposé de moi, chercher et trouver le plaisir de lâcher prise, la béatitude de ne pas tenir tête, de ne pas opposer de résistance. Apprendre à couler avec grâce et simplicité. En prendre la mesure et  s'effondrer. Sacré travail !

 

Le voyage fut beau pour chacun de nos 9 personnages. Très peu de fausses notes, ce qu'il faut de suspens pour tenir en haleine, d'émotion maladroite pour toucher au coeur les spectacteurs.

 

Enfin je crois. Mais je suis quand même étonnée et déçue : Libé ne parlait pas de nous ce matin. Certainement demain, hein ?!

 

 

Ouf, ça m'a fait un bien fou ce soir de partager ce souvenir avec vous !! patte_def_grise