Il y a quelques semaines, lettre de mon grand-père. De son écriture hachée et quasi illisible, il m'évoque un étrange souhait : celui de me savoir assez armée pour affronter la vie. Ma première réaction fut de penser "ben oui Papy tu le sais que je suis forte !". Puis, comme en écho lancinant, a ressurgi dans ma mémoire ce vieux billet abandonné que je n'ai jamais publié.

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Février 2008
- "J'ai manqué d'amour. J'ai manqué d'attention. J'ai manqué de chaleur. J'ai manqué de vos bras. J'ai manqué de confiance. J'ai manqué de respect. J'ai manqué de bienveillance. J'ai manqué de protection. J'ai manqué de contes d'enfants. J'ai manqué de considération. J'ai manqué de mots réconfortants. J'ai manqué de bonheur."

- "Mais tu as eu un toit. Tu as eu des manteaux en hiver et des robes en été. Tu as eu à manger. Tu as eu des vacances au ski en février et à la mer pendant les grandes vacances. Tu as eu un père et une mère. Tu as eu des parents qui n'ont pas divorcé pour toi. Tu as eu une chambre à toi. Tu as eu une voiture le jour de ton permis.
Alors, de quoi te plains-tu Le Chat ?"

- "Je ne me plains pas. Je dis ma vérité. Je regarde en face, courageusement, ces manquements qui font de moi aujourd'hui un être atrophié qui tant bien que mal s'est construit sur ces carences et ces vides.
C'est comme si une partie de moi avait manqué d'oxygène, vous comprenez ?
J'ai comme un moignon pas joli-joli qui m'empêche, me limite, m'alourdit, parfois me déchire, souvent me fait mal."

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Et le savoir, le reconnaître et ne plus le nier, oser le dire et le transformer en mots cohérents pour prendre suffisament de distance, fait de cette partie de moi sous-développée ma plus grande force. Parce que dorénavant, nous avançons main dans la main.

Heureusement que la vie est longue parce que Bon Dieu que c'est difficile d'apprendre à se connaître.
patte_def_grise