Je pourrais vous parler de mes vacances mais bon elles sont finies et en plus ça n'a pas été de vraies vacances. Le concept de "vacances" étant définitivement obsolète avec deux bébés. Alors je vais vous parler de l'allaitement. De choses que je n'ai jamais lues, mais que j'ai découvertes et que je découvre encore. Pour certaines mamans c'est magnifique. Pour moi, c'est difficile. Et pourtant tout se passe bien. Margaux grossit bien. Et cela a aussi profité à Elisa. Mais cela reste difficile.

C'est difficile parce qu'il faut supporter les réflexions de celles et ceux qui ne savent pas, ont connu une mauvaise expérience, aurait bien voulu mais n'ont pas réussi, sont d'une ancienne génération et supportent mal l'apologie de l'allaitement alors qu'à leur époque le lait industriel était la panacée. Je crois qu'à la prochaine réflexion du style "vivement le biberon que ton bébé n'ait plus de coliques" ou "une sieste à 12h30, juste avant le déjeuner, mais pourquoi ?!!", "qu'est-ce que tu manges !", je sors les griffes.

C'est difficile parce qu'il n'y a personne pour prendre le relais. Le jour. La nuit. Le matin. Le soir. A midi. Au goûter. A 17h38. A 10h27.
A moins bien sûr d'accepter d'utiliser un tire lait. Mais je ne veux pas.

C'est difficile parce que ça peut être douloureux même quand ça se passe bien. D'abord la montée de lait. Les seins qui se transforment, tirent, font mal. Bébé énervé par l'odeur. Puis les premiers jours, ce pincement à chaque début de tétée. Les éventuelles crevasses parce que même si on sait que la position du bébé est hyper importante ben parfois on ne peut pas rester confortablement installée, et le bébé "ripe" et tire et fait mal. Ensuite, la fatigue aidant, il peut y avoir un engorgement. La fièvre. La douleur au sein. La plaque rouge. Bien sûr on n'est pas obligé de tout cumuler mais comme je ne parle que de ce que je connais...

C'est difficile parce que si le bébé pleure, c'est "tiens, prends-le, il a sûrement faim". Tellement facile pour se débarrasser d'un colis qui pèse sur les bras alors que la maman voudrait juste faire un break d'une demi-heure de ce colis justement. Parce que oui ça pèse sur les bras, le dos, les jambes et quand on est fatiguée ça pèse encore plus lourd.

C'est difficile parce que si bébé pleure de douleur même si on sait -parce qu'on a beaucoup lu sur le sujet- que le lait maternel est le mieux pour son bébé, on en vient à se poser mille questions débiles du style "et si mon lait était mauvais, pas bon, empoisonné, trop gras, pas assez riche, trop sucré, trop salé, etc. ?". On est seule avec ses questions. Alors bien sûr il y a les professionnels pour rassurer. N'empêche que quand bébé se met à hurler, on a beau avoir déjà connu le problème des RGO, oesophagites, etc. on doute de soi et de l'allaitement.

C'est difficile parce que si on est un tantinet pudique, sensible aux regards des autres, allaiter en public en France n'est pas rentré dans les moeurs. Et ainsi, alors que ça devrait être le moyen le plus facile pour nourrir son enfant ça en devient le plus contraignant. Le temps de faire faire son rot à son bébé, le changer si nécessaire, se nettoyer de la grosse régurgitation qu'il a eu la bonne idée de vous déverser sur votre décoletté quand vous le mettiez dans le porte bébé, ben il vous reste 2 petites heures avant la prochaine tétée.

C'est difficile parce que la 1ère fois que votre enfant dort enfin de 20h à 6h, au lieu de pioncer comme lui, vous êtes tenue en éveil par des seins au garde-à-vous depuis 2h du mat'. Et qu'au bout de 2 heures d'attente, il faut quand même se lever pour aller les vider. Parce que ça fait mal. Et quand vous retournez vous coucher, option 1/ votre mari ronfle, Option 2/ votre 1ère fille est prise d'une quinte de toux, Option 3/ votre bébé se réveille et réclame. J'ai testé les options 1 et 2.

C'est difficile, parce qu'après avoir surmonté tout ça, l'étape sevrage arrive. Avec le refus du biberon et, pour le bébé, les pleurs et, pour la maman, la culpabilité que cela entraîne.

Pour toutes ces raisons, mes lunettes ont parfois caché bien des larmes de fatigue et de lassitude le matin au café en vacances.

Depuis que j'allaite, une seule personne a eu un mot gentil à mon égard. Une auxiliaire puéricultrice qui m'a dit, en plantant ses yeux dans les miens (pour une fois sans lunettes noires), "c'est courageux ce que vous faites". Il y a aussi Arthur Miller qui me soutient. Mais un mot gentil, qui souligne que oui c'est difficile ce que l'on fait, c'est différent du soutien.

Voilà. Je me plains encore. Et le pire c'est que je vais continuer d'allaiter. Parce que je sais que c'est ce qu'il y a de mieux pour mon bébé. Pour des tonnes de raisons dont je suis intimement convaincue.Le_Chat