Janvier 2010. Je lui avais demandé d'être là. Pour me consoler, éponger mes larmes, rassurer mes angoisses.
Arthur Miller m'attendait donc au café du coin.
Je venais de refermer la porte blanche, et laissais derrière elle, pour la première fois ma fille de 9 mois. A des gens que je ne connaissais pas, mais dont c'était le métier. S'occuper d'enfants dans une crèche.
Etrangement je n'avais pas pleuré. Tiraillée entre le sentiment de soulagement et celui de tristesse que connaissent toutes les mères qui ont gardé non stop leur bébé pendant plusieurs mois. 

Juillet 2012. Je n'ai rien demandé. Juste un peu d'aide ce soir pour porter toutes les affaires dont ont eu besoin les filles pendant l'année. 
Ce matin, personne ne m'attendait au café du coin.
Et quand j'ai refermé cette lourde porte blanche avec pour la dernière fois mes filles derrière, des larmes ont envahi mes yeux, et ce souvenir de la première fois a éclaboussé ma sérénité. Mon mouchoir blanc n'a pas suffi à me consoler. 
Ce matin, tu vois, alors que je suis de celles qui prévoient toujours tout, j'avais pas prévu que j'aurais bien eu besoin de prendre un petit noir au comptoir avec toi, Arthur.

Ce soir, nous irons pour la dernière fois chercher nos filles dans cette si petite crèche insoupçonnable au coeur de Paris. 
Ce soir, elle ferme pour de longs travaux de rénovation. 
Ce soir, nous refermerons un livre de l'histoire de nos filles.

Je déteste les adieux.Le_Chat

ps : promis je réponds un peu plus tard à vos commentaires sur le billet précédent. Le temps de sécher mon mascara et accessoirement de travailler.