Give me five. Cinq années qui ont chamboulé ma vie. D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours cru qu'un bébé naissait dans un chou était livré avec une fée.

Une fée qui, après les 9 mois sous pression de la grossesse et les 36 heures sans sommeil liées à l'accouchement (dont la péridurale n'a pas vraiment fonctionné sur la fin, car depuis que j'ai pu comparer, je l'affirme), me dirait une fois rentrée à la maison "maintenant, repose-toi, tu l'as bien mérité, je m'occupe de tout pendant 7 haures, tu peux me faire confiance, reprends des forces pour le marathon qui t'attend".

Une fée qui, rassurante, m'aurait murmuré lors des poussées de fièvre "là ça mérite que tu appelles la pédiatre" ou "là, ce n'est rien, une dose de d*lipr*ne et ça va passer".

Une fée qui, quand la douleur au dos me transperçait le corps, aurait levé et couché mon bébé de 9kg de son lit à barreaux.

Une fée qui, alors que le vomi inondait le sol, le bébé et la mère, aurait pris le bébé dans ses bras pour le laver et permis à la mère de prendre le temps de se changer.

Une fée qui, avant que j'hurle comme une folle une nuit sur mon bébé tellement j'étais ivre de fatigue, m'aurait prise dans ses bras et m'aurait dit "c'est inhumain ce que tu t'imposes après 5 mois sans dormir plus de 3 heures d'affilée, va dormir une nuit à l'hôtel pour vider la tension, retrouver ton centre de gravité et dormir au moins une nuit sans avoir l'appréhension ou la réalité d'être réveillée par tes filles 4 fois dans la nuit".

Une fée qui, les - rares - soirs de grandes occasions, m'aurait mis du rouge aux joues, aux lèvres, aux ongles pour que je me revois jolie dans le miroir.

Une fée qui se serait levée à ma place lors des "repas pris entre adultes" (i.e. quand les petits mangent avant pour que les grands puissent manger tranquillement), quand pour la 5ème fois, alors que le plat de résistance n'était même pas encore servi, mon enfant réclamait une poupée, se battait avec sa soeur, avait soif, avait froid, voulait se moucher, etc.

Une fée qui aurait prêté ses bras à mon enfant quand le sommeil de sa sieste ne venait pas et que moi, sa maman, j'aurais donné mon enfant pour dormir.

Une fée qui m'aurait soufflé quoi répondre le jour où j'aurais entendu ma fille de 4 ans demander "quand papa sera mort, qui sera mon papa ?".

Une fée qui organiserait ma journée quand mon ainée est malade la nuit et que je dois donc 1/ décrocher, à 8 heures pile, un RV chez la pédiatre dont le planning est over-booké dès 8h01, 2/ éviter que ce RV obtenu à l'arrache ne tombe ni à l'heure où je dois aller à mon seul RV important de la semaine, ni à l'heure de la sortie de la crèche de ma cadette, ni à 21h, heure à laquelle selon moi un enfant dort, 3/ trouver quelqu'un pour la garder pendant que je vais à mon rv.

Une fée qui m'aurait dit de ne pas laisser à certaines - anciennes - mères le droit de juger mes faiblesses de maman. Une fée qui m'aurait mise en garde contre ces mères pour qui tout a été - rétrospectivement - idyllique : des enfants qui dès la naissance ont fait leur nuit, des enfants qui n'ont jamais pleuré, des enfants qui ne se sont jamais disputés, des enfants qui étaient sur le pot à deux ans, des enfants qui mangeaient de tout, des enfants qui ont été tellement pénibles - comme tous les enfants - qu'ils leur ont saboté la mémoire. Mais de ça elles n'en parleront jamais.

Une fée qui certaines soirées - vous savez celles où depuis que le réveil a sonné on ne pense qu'à une chose "se recoucher" pour pouvoir enfin se soigner - proposerait spontanément son aide pour aller à l'école puis à la crèche chercher mes filles.

Et la mémoire est bien faite. Cela fait 5 ans et je crois que le plus difficile a été oublié.

Cette fée ne m'a pas été livrée. Elle a parfois pris vie sous les traits d'Arthur Miller. Mais bien souvent j'ai été cette fée. Chantal Goya, sors de ce corps.

Happy FIV(E).

Merci mon ainée, merci ma cadette, de m'avoir fait prendre conscience, pendant ces 5 ans, de la fée que je suis, grâce à vous.Le_Chat