14 novembre 1985
Le jour où j'ai embrassé le garçon dont le chagrin d'amour qui n'a pas manqué de suivre allait modifier pour toujours celle que j'étais. Avec le recul, je me demande si finalement il n'aurait pas mieux fallu que nous nous abstenions. Après cette histoire, et surtout sa fin, je me suis endurcie, barricadée, j'ai prôné des idées qui n'étaient pas miennes, défendu des attitudes qui ne me ressemblaient pas. Oh rien de grave, ni d'extrême mais je me suis construite sur cet effondrement, à partir des décombres cristallisés de cette rupture. Rien de bon, croyez moi. Surtout dans la froideur glaciale de l'ambiance qui caractérisait ma famille. Je suis la seule à savoir combien j'ai souffert.
Durée de l'histoire : même pas trois mois je crois.
Durée de la répercussion : une bonne douzaine d'années.
Victime : une.
Témoin : zéro.

14 novembre 2013
Quand je me suis couchée jeudi dernier, j'ai repensé à ce fameux 14 novembre 1985. J'ai compté. 28 ans. J'ai même utilisé mes doigts pour le décompte tellement cette somme d'années me condamnait à être une "presque vieille". Je fais maintenant partie de celles qui ont des souvenirs de 28 ans. Il y a 28 ans, ma vie s'engouffrait dans un tunnel sombre et froid qui allait faire de moi une fille sombre et froide.
Mais ce soir, un nouveau tunnel. D'un tout autre ordre. Qui s'ouvre pour mon ainée de 4,5 ans, sortie en trombe de sa chambre où elle feuilletait un livre.
- "Maman, maman, j'ai lu, j'ai pas reconnu les lettres : j'ai LU !"
- Et qu'as-tu reconu "lu" comme mot ma fille ?"
- Maman.
On a beau être sombre et froide, il y a des moments où on fond.
Le 14 novembre 2013, le jour où ma fille a compris la lecture.

Quant à notre dernière de 3 ans, elle compte. 1, 2, 3, 5, 8, 18, 12.
De 1 à 3, c'est parfait.
Après ?
Après, ben c'est parfait aussi, non ?

Take care.

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