Pour la première fois je me suis retrouvée à 14h dans la chambre, solitaire et désoeuvrée, mes deux filles occupées, ailleurs.

Plus de sieste.

L'année dernière je servais à te veiller pendant ta sieste, pendant qu'Elisa skiait ou faisait des batailles de boules de neige. Cette année, l'attrait du Club enfant était bien plus fort.

J'aurais pu aller skier avec Arthur Miller, mais l'effort du matin laissait encore mes jambes et mes mains tremblantes.

Le ski et moi, c'est une longue histoire de haine. Mes parents, en amoureux, à Courchevel, moi, dans les Pyrénées, délestée dans un Home d'enfant (c'est comme cela que ça s'appelait à l'époque) où chaque soir je cachais me pleurs et comptais les jours qui restaitent avant que mes grands-parents ne viennent me récupérer (pas foux mes parents, ils confiaient à d'autres le spectacle de leur fille en pleurs avec ses énormes après-skis aux pieds et sa petite valise contenant 7 tenues).
Je voulais pas y aller et personne pour empêcher ces satanées "vacances", je tombais des tire-fesses et personne pour me rassurer, j'avais pipi et personne pour m'amener aux toilettes pendant les cours collectifs, je saignais du nez et personne pour me réconforter, j'avais honte de ma soeur, la bête noire des animateurs qui mettait une foire pas possible dans le dortoir, et personne pour m'expliquer que chaque enfant a sa façon pour exprimer son désarroi. Mauvais souvenirs inondés du sentiment d'abandon.

Depuis mes filles, et leur bonheur sur des skis, et grâce à Arthur Miller dont l'acharnement la volonté de fer pour nous transporter sur les hauteurs enneigées a su dépasser mes réticences, le ski et moi c'est différent. Disons que j'haine moins. J'aime presque.

Mais entendre un enfant pleurer au ski me reste insupportable.