Masquée

Ma mère ne m'a pas transmis grand chose à part son double chromosome X.
Il y quelques années, j'ai traversé une période pendant laquelle il m'était impossible de trouver ce qu'elle avait bien pu me transmettre de féminin (l'art de la douceur, de l'intuition, de la nuance, de la peinture, de la cuisine, etc.). Je cherchais. Je ne trouvais pas. Et cela me rendais triste. Parce que c'était trise mais surtout parce que c'était ma réalité. Je m'étais construite comme un mec. Blindée.
Et puis un jour j'ai réalisé que si, il y avait bien un art plus yin que yang que j'avais hérité d'elle : l'art du maquillage.

La transmission de ce savoir s'est fait d'une façon imperceptible, sans leçon particulière. Je m'en suis imprégnée au fil des jours, en lisant les ouvrages qu'elle rangeait sous la télé, en regardant à la dérobée dans le miroir de sa salle de bains le reflet de son visage qu'elle sculptait d'ombres et de lumière, en utilisant ses fards YSL dans leur riche boitier doré.
J'ai acquis cet art à son insu mais grâce à elle. Grâce à elle je sais manier le coup de crayon blanc au ras des cils pour agrandir un regard, le coup de crayon couleur chair à déposer autour des lèvres pour les rendre pulpeuses, le gloss légèrement bleuté pour blanchir les dents, appliquer le fond de teint au pinceau pour que sa texture se mélange mieux au velouté de la peau...

Dans ma famille, nous excellons dans l'art de soigner les apparences, la forme. Quant au fond, c'est une autre histoire... Un art que j'ai appris plus tard. Seule. Puis aidée par Arthur Miller. Car oui Maman la forme c'est bien, mais le fond, de soi-même et de l'autre, c'est ça la vraie vie.
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